100 % Santé optique : un démarrage difficile pour les opticiens

Depuis janvier 2020, la mise en place du 100 % Santé pour l'optique s'avère plus compliquée que prévu. — Conçu par Prostooleh Freepik
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La réforme 100 % Santé, proposée par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, permet aux Français d’accéder à des soins intégralement remboursés. Mais, la réalité est une tout autre histoire. Depuis le 1er janvier 2020, la mise en place du 100 % Santé ne se fait pas sans difficultés, notamment pour les opticiens. Des complications qui ne sont pas sans conséquences sur leur activité.

100 % Santé optique : comment ça marche ?

Pour l’optique, la réforme 100 % Santé a prévu une nouvelle nomenclature pour vos lunettes (verres et monture). En effet, depuis le 1er janvier 2020, les équipements optiques sont catégorisés en deux classes :

  • La classe A qui rentre dans le cadre du panier 100 % Santé : tarif plafonné à 105 € (30 € de monture compris), verres traitant l’ensemble des corrections visuelles, présentation de 17 modèles adultes et 10 modèles enfants (2 coloris) par l’opticien, amincissement et durcissement des verres, traitement antireflet, 2 ans de garantie casse, montures respectant les normes européennes…
  • La classe B inclut des équipements optiques hors 100 % Santé : prix fixés librement, diminution du remboursement de la Sécurité sociale, abaissement de la prise en charge par la mutuelle de 150 € à 100 €…

Désormais, tous les opticiens ont l’obligation de présenter un devis normalisé avec au moins une offre 100 % Santé (classe A). De plus, les consommateurs ont la possibilité de choisir la totalité ou une partie du panier 100 % Santé (classe A), ou un équipement hors 100 % Santé (classe B), ou faire un mix des deux.

Pour plus d’informations, nous vous invitons à consulter notre article complet sur le remboursement intégral de vos lunettes.

La réforme 100 % Santé suscite le chaos dans le secteur de l’optique

Bien que les opticiens ont anticipé l’entrée en vigueur de la réforme 100 % Santé depuis 18 mois, celle-ci sème la zizanie dans le secteur de l’optique :

  • Baisse des demandes de remboursement jusqu’à 40 %.
  • Diminution du chiffre d’affaires de 50 %.

Ces lourdes conséquences, subies par les opticiens et leurs clients, sont liées à des difficultés techniques et à un manque d’anticipation de l’Assurance Maladie et des complémentaires santé, face à une réforme de grande envergure.

Pour une meilleure préparation de ces derniers, un report de quelques mois pour la mise en place de la réforme est-il envisageable ?

Un manque de préparation de la Sécurité sociale et des mutuelles

Depuis la mise en place du 100 % Santé, les opticiens sont confrontés à une multitude de problèmes techniques engendrés par les logiciels de la CPAM et des complémentaires santé non mis à jour :

  • Certains logiciels n’ont pas encore intégré les nouveaux codes de regroupement, et mentionnent toujours les anciens codes LPP détaillés.
  • Les nouveaux catalogues des équipements optiques ne sont également pas mis à jour.
  • Des bugs techniques bloquent la pratique du tiers-payant pour l’optique : 30 % à 40 % des demandes de prise en charge via le tiers-payants sont bloquées. Les patients ont dû avancer la totalité des frais des lunettes.

L’Assurance Maladie et les mutuelles affirment que ces problèmes techniques sont en cours de résolution, mais sans fixer une date de fin précise.

De plus, les opticiens ont constaté une méconnaissance des conditions de prise en charge du 100 % Santé par les interlocuteurs des caisses maladies et des mutuelles.

Des données personnelles peu protégées

Afin de protéger les données personnelles des assurés dans le cadre du RGPD, la réforme 100 % Santé a prévu pour l’optique une mise en place des codes de regroupement. Pour des raisons de confidentialité, seul ces codes doivent figurer sur le devis normalisé de l’opticien (et non les codes LPP détaillés comme auparavant), pour limiter l’information transmise à la Sécurité sociale et aux mutuelles.

Cependant, avec l’apparition des complications liées à la mise en œuvre de la réforme, certaines complémentaires santé continuent de demander aux opticiens les anciens codes LPP détaillés, ainsi que les corrections visuelles des clients (interdit par la DGCCRF), sans connaître les nouveaux codes de regroupement.

Par ailleurs, la Mutualité Française reconnaît « des difficultés techniques, liées aux changements de codification ou de garanties », mais assure ne pas demander d’informations confidentielles. Nous citons « Il est normal que les mutuelles aient connaissance de ce qu’elles remboursent aux assurés, pour être sûr que les tarifs appliqués par les opticiens sont conformes à la nouvelle réforme et pour appliquer les garanties prévues dans leurs contrats ».

Les professionnels de l’optique et les clients attendent le verdict de la CNIL, qui a déjà fait l’objet d’une saisie officielle par la Caisse nationale de l’assurance maladie, afin de déterminer le niveau d’information pouvant être transmis aux complémentaires santé. Affaire à suivre…

100 % Santé : des soins 100 % remboursés, mais pas pour tous les Français

5 %1, c’est le nombre de Français n’ayant pas de complémentaire santé. Ceux-ci, parmi les plus modestes (demandeurs d’emploi, retraités, personnes en situation de handicap…), ne pourront pas bénéficier de cette réforme, faute de disposer d’une mutuelle.

Sur le papier, le 100 % Santé paraît séduisant : plus d’égalité devant l’accès aux soins pour les postes de santé (optique, dentaire et audition), dans lesquels les Français dépensent le plus. En réalité, la réforme concerne uniquement les Français couverts par une complémentaire santé : les paniers 100 % Santé sont intégralement pris en charge par la Sécurité sociale et les mutuelles.

À noter que depuis le 1er novembre 2019, la CMU-C (Couverture Maladie Universelle Complémentaire) est remplacée par la nouvelle Complémentaire Santé Solidaire (CSS). Ainsi, les Français bénéficiant de cette mutuelle à moindre coût (moins d’1 € par jour) peuvent également bénéficier des soins 100 % remboursés. Nous avons déjà consacré un article sur la Complémentaire Santé Solidaire (CSS).