Réforme 100 % Santé pour l’optique : un démarrage long et difficile

Suite à ses difficultés de lancement, le 100 % Santé semble avoir perdu la confiance des clients avant même de l'avoir gagnée - Conçu par Freepik
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Le 2 janvier 2020, la réforme 100 % Santé, qui vous est expliquée en détail dans cet article, entrait en vigueur. Cette réforme, qui concerne l’optique, l’audio logique et le dentaire, permet au patient de s’équiper en étant couvert à 100 %, comme l’indique si bien son nom. Une sélection de matériel sans reste à charge est proposée, et elle entre dans une certaine limite de prix.

Cependant, le lancement de la réforme a été compliqué, particulièrement pour le poste de l’optique. Ce sont justement ces problèmes que nous allons aborder dans cet article. Nous allons vous expliquer les problèmes rencontrés par le 100 % Santé à son lancement, puis nous aborderons les problèmes qui persistent encore.

Les problèmes rencontrés au lancement du 100 % Santé

L’impossibilité d’appliquer le tiers payant

La réforme 100 % Santé a d’abord empêché l’opticien d’appliquer le tiers payant. Pourtant, cette mesure est obligatoire. Cela était dû au fait que les plateformes de tiers payant n’ont pas été mises à jour en temps et en heure. Les variations entre les différents paniers n’ont pas été gérées correctement, et les clients ont dû avancer des frais sur des lunettes censées être prises en charge à 100 %. Cela a donc entraîné un mécontentement général et justifié de la part de la clientèle.

Les problèmes logiciels

Des erreurs logicielles ont entraîné l’accumulation de commandes en retard. Ces erreurs concernaient principalement les devis qui mettaient beaucoup de temps  à être pris en compte. Et pour cause : les catalogues verriers n’avaient pas été mis à jour par les éditeurs de logiciels, faute de temps.

Certains codes LPP (Liste des Produits et des Prestations) étaient donc manquants, empêchant les commandes d’être livrées en temps et en heure. Les codes LPP manquaient aussi dans les systèmes de caisse d’assurance maladie, entraînant le refus de prise en charge par la sécurité sociale.

Ces problèmes logiciels posaient aussi la question du RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données). En effet, des données personnelles devant être anonymes se sont retrouvées dévoilées lors de la création de devis. Or, cette pratique est illégale depuis la mise en place du RGPD en 2016.

Les conséquences de ces problèmes

Ces problèmes ont retenti dans l’ensemble du secteur optique, tant du côté des praticiens que du côté de la clientèle. Les clients ont dû avancer des frais sur des produits devant être couverts, la promesse qui leur avait été faite n’a donc pas été tenue, entraînant leur mécontentement.

Les commandes ont pris beaucoup de retard et tous ces facteurs ont entraîné une baisse d’activité significative des opticiens. Leurs magasins ont un temps été désertés, certainement par manque de confiance mais surtout par mécontentement.

Nous allons voir que, si les choses semblent être rentrées dans l’ordre aujourd’hui, d’autres problèmes persistent et se dressent contre la mise en place du 100 % Santé pour l’optique.

Une nouvelle réforme à venir

Les erreurs logicielles liées aux codes LPP ont bien été résolues, cependant elles représentent un conflit d’intérêt avec le RGPD. Les complémentaires et le Rassemblement des Opticiens de France (ROF) ont un point de vue divergent concernant les informations qui peuvent circuler en l’état et celles qui doivent être anonymes.

La question est la suivante : l’opticien peut-il transmettre aux complémentaires santé les données médicales du patient afin qu’elles puissent déterminer le montant du remboursement ?

En effet, les opticiens n’ont eu aucune précision de la part de la CNIL sur ce qu’ils peuvent transmettre ou non aux organismes de complémentaire santé. De plus, l’arrivée du 100 % Santé a entièrement changé la nomenclature des codes LPP, qui se sont vus réduits au nombre de 29, contre 203 l’année précédente. Ces codes imprécis empêchent un remboursement correct de la part des mutuelles.

La réforme à venir concerne donc ces fameux codes LPP : ils vont en effet être abandonnés au profit de codes individuels fabricant, ce qui va venir bousculer encore les acteurs du secteur de l’optique, assureurs comme opticiens.

Réforme 100 % Santé : un lancement commercial à la peine

Les évènements de début d’année ont entraîné un lancement commercial catastrophique. En effet, au terme du mois de janvier 2020, seulement 6 % des lunettes achetées étaient conformes à l’offre 100 % Santé. En ce mois de mars, cette proportion a très légèrement augmenté pour atteindre 9 %.

Deux causes peuvent être attribuées à ce phénomène : les clients des opticiens cherchent avant tout la qualité du produit. Or, les lunettes conformes au 100 % Santé comprennent des montures fabriquées en Chine. Il s’agit peut-être alors d’un positionnement « low-cost » incompatible à la clientèle française.

Ce mauvais démarrage peut également être lié aux évènements survenus en janvier. Les clients ont eu un premier contact décevant avec le 100 % Santé pour l’optique, ce qui a peutêtre détérioré la confiance en cette offre dès le départ.

Enfin, l’offre 100 % Santé a pu être dénigrée par les opticiens auprès des clients. Il n’existe pour l’instant aucune donnée qui prouve cette théorie, mais des contrôles ont été évoqués afin de s’assurer que les opticiens conseillent en priorité le 100 % Santé, qui représente une réelle économie pour le client.