Les pays européens face à la digitalisation : Le cas de la France, de l’Allemagne et de l’Italie dans la transition numérique

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Sommaire du Mémoire

1 — L’utilisation des réseaux sociaux et du numérique dans l’assurance, les entreprises françaises accusent elles un retard dans ce domaine vis-à-vis de leurs homologues européennes
2 — Introduction
3 — Le numérique et son développement dans le commerce
4 — Le numérique et son développement dans le commerce : Histoire du numérique
5 — Le numérique et son développement dans le commerce : Développement du numérique dans le commerce
6 — Le numérique et son développement dans le commerce : Son application dans le domaine de l’assurance
7 — Les pays européens face à la digitalisation : La législation autour des données numériques
8 — Les pays européens face à la digitalisation : Le cas de la France, de l’Allemagne et de l’Italie dans la transition numérique
9 — L’évolution future du digital dans l’assurance
10 — L’évolution future du digital dans l’assurance : Les nouvelles technologies s’implantent dans l’assurance
11 — L’évolution future du digital dans l’assurance : Les nouveaux acteurs du marché de l’assurance
12 — Conclusion
13 — Notes et bibliographie

En 2016, le marché de l’assurance européen représentait le second marché mondial, le marché asiatique en tête et celui de l’Amérique du Nord pour compléter le podium.

Plus de 1.189 milliards d’euros ont été perçus en cotisation d’assurance, chiffre en faible baisse par rapport à l’année précédente. Le secteur européen de l’assurance représente tout de même plus de 31 % des cotisations mondiales, plus de 3.500 sociétés et pas moins de 940.000 employés.

La France

La France est la seconde puissance européenne avec en 2017 un PIB de plus de 2.570 milliards d’euros et quasiment 70 millions d’habitants. Toujours à la même année le taux de chômage était de 9.4 %. La dette publique du pays s’élève à plus de 123 % du PIB.

Etat des lieux du marché de l’assurance

En 2015 en France, le marché de l’assurance est dominé par les assurances vie, qui représentent 65 % du chiffre d’affaire annuel. Viennent ensuite les assurances de dommages avec 25 % des parts et pour finir les assurances maladies et accidents corporels pour 10 % du chiffre.

Répartition du chiffre d’affaire de l’assurance en France15

Répartition du chiffre d’affaire de l’assurance en France

Pour un total de plus de 206 milliards d’euros au total, le secteur de l’assurance poursuit sa croissance dans l’hexagone. Bien que le marché se porte bien, la concurrence est de plus en plus présente avec notamment une nette domination des bancassureurs sur les assurances vies. En 2013, cette tendance était déjà observable, les intermédiaires en assurance ne représentaient que 18% des parts du marché.

Part de marché de l’assurance vie par canaux de distribution16

Part de marché de l’assurance vie par canaux de distribution

A l’inverse dans le cas des assurances non-vie se sont bel et bien les intermédiaires d’assurance qui sont majoritaires, ils représentent 52 % des parts du marché.

Part de marché de l’assurance non-vie par canaux de distribution17

Part de marché de l’assurance non-vie par canaux de distribution

Le secteur dans lequel on observe un changement important est celui des ventes d’assurance en ligne. En effet, seulement 12 % des internautes avaient souscrit un contrat par Internet en 2015 et en 2016, ils étaient plus de 20 %. Cette tendance montre que le Web commence de plus en plus à se faire une place sur le marché assurantiel.

Les produits souscris sont majoritairement des assurances auto/moto et des contrats habitation. L’ouverture des marchés grâce à la simplification de résiliation des assurances a été bénéfique aux acteurs d’Internet.

Pour autant, la vente d’assurance en agence physique est loin d’être morte, quasiment 50% de la population française n’est pas encore prête à souscrire un contrat d’assurance uniquement en ligne. La relation avec le conseiller est toujours privilégiée par la plupart des français pour créer de la confiance entre assuré et assureur. Passé par Internet empêche aussi la possibilité pour le prospect de négocier les primes de son contrat ou bien les garanties de celui-ci. Même si les offres sont personnalisables, elles sont fixées par la compagnie et non négociables par l’acheteur. Enfin, même si les évolutions dans ce domaine sont nombreuses ces dernières années, le paiement en ligne rebute toujours une certaine partie des consommateurs. C’est la question de la sécurité qui revient souvent. Il y a un vrai manque de confiance de la part des générations qui n’ont pas grandi avec l’usage d’Internet, les générations actuelles en quête d’assurance sont-elles habitués au paiement en ligne, mais elles ne représentent qu’une partie des consommateurs.

Où en est la digitalisation en France ?

Les possibilités d’assurance en France sont nombreuses notamment grâce au développement en ligne des comparateurs d’assurances, mais aussi avec l’arrivée des Insurtechs.

Les assurés sont à la recherche de plusieurs points qui répondent à leurs attentes. Le premier est de s’assurer à moindre coût, pour se faire les internautes sont de plus en plus nombreux à consulter les sites permettant de mettre en concurrence les assurances pour trouver le meilleur prix. L’autre point, qui est arrivé avec l’évolution des nouvelles technologies, est celui de la réactivité et c’est sur ce créneau que se placent les Insurtechs.

On note la création en France de startups d’assurance comme Otherwise qui propose des offres de complémentaires santé de « pair à pair », nous verrons par la suite ce qu’est ce système et son fonctionnement. Avec plus de 10.000 inscrits aujourd’hui, ce genre d’entreprise ne représente actuellement pas une menace face aux grands groupes d’assureurs. Pour autant, ces startups se développent petit à petit et l’on voit apparaitre de nouvelles façons de distribuer les produits d’assurance.

C’est le cas de la plateforme collaborative Inspeer.me. Cette dernière propose aux assurés de se rassembler pour mutualiser les franchises dommages d’assurance auto de chacun.

Dans le cas où l’un d’eux aurait un accident, la startup se charge de collecter les montants, déterminés à l’avance, auprès des autres adhérents pour indemniser la franchise de l’accidenté. Inspeer.me joue la carte de la transparence puisque le site explique se rémunérer avec une marge de 10 % des primes collectées en cas d’incident. Ce service sert donc de complément à une assurance auto et la firme est la première en France à avoir lancé un tel produit.

Mais face à cette concurrence montante, les acteurs traditionnels du marché continuent d’innover dans le digital pour ne pas perdre du terrain. Le groupe Aviva est en pleine expérimentation des « chatbots », qui sont des services de messagerie mettant en relation les assurés avec une intelligence artificielle afin de répondre à leurs questions. L’assureur s’est associé à la firme Amazon et leur assistant virtuelle Alexa pour mettre au point ce service au Royaume Uni. Avec un lancement, prévu en 2018 en France, de ce nouveau produit d’Amazon, Aviva compte bien continuer ces tests dans l’hexagone et ainsi être à la pointe de la relation client 2.0.

Avec la multitude des objets connectés que possèdent les consommateurs, les assureurs n’ont pas tardé à cerner le potentiel de ces derniers dans l’assurance.

C’est le cas de Direct Assurance, qui a récemment lancé son nouveau produit « Youdrive ». Celui-ci se place sur le marché des assurances auto connectées. Le principe est ici d’installer un boitier recueillant des données sur la manière de conduire de l’assuré, données qui influeront en fin de mois sur le prélèvement de la prime d’assurance. Des éléments comme le style de conduite ou encore le kilométrage effectué vont impacter la prime d’assurance.

Du coté des assurances habitations des offres de télésurveillance sont sur le marché depuis un moment, mais Macif a lancé un contrat connecté qui propose un plus non négligeable. Ici, il n’est plus question d’avoir un ordinateur central dans une des pièces de la maison comme c’est le cas avec la plupart des offres, tout se pilote depuis le smartphone de l’abonné, et ce quel que soit sa position.

La digitalisation en France suit son cours, bien que les acteurs principaux du marché ne soient pas les fers de lance du domaine numérique, force et de constater que les efforts des grands groupes pour se maintenir parmi les premiers du secteur sont importants et surtout efficaces.

La part des ventes d’assurance réalisée en ligne ou sur mobile est encore mineure. Néanmoins, les nouveaux arrivants sur le marché frappent fort, les Insurtech enregistrent des croissances records et pourraient bien faire peser la balance en leur faveur si l’engouement pour le digital se poursuit ainsi.

L’Allemagne

L’Allemagne n’est autre que la première puissance européenne avec un PIB en 2017 de plus de 3.610 milliards18 d’euros au total. Pour une population qui devrait bientôt atteindre les 81 millions d’habitants, le taux de chômage est parmi les plus faibles d’Europe, puisqu’en mars 2018 il était de 3.40%. Le rapport entre la dette publique et le PIB est en dessous de la moyenne des pays de la zone Euro puisqu’elle ne représente que 76.2% du PIB, contre 123.4% en France19.

Etat des lieux du marché de l’assurance

En 2012, le marché de l’assurance allemand était au premier rang européen car ce dernier avait su résister aux conséquences de la crise de 2008. A cette date, plus de 580 entreprises s’étaient partagé un chiffre d’affaire de plus de 180.7 milliards d’euros.

L’assurance vie représente plus de la moitié du marché suivi ensuite par l’IARD et enfin la santé. A l’inverse de la France, il n’existe pas de contrat Multi Risque Habitation en Allemagne.

En 2014, à la suite de grandes restructurations de la part de plusieurs grands groupes, le nombre d’acteur sur le marché de l’assurance diminue fortement pour atteindre seulement 336. En effet chez Allianz, par exemple, des changements organisationnels avaient été entamés dès 2005, et se sont poursuivis jusqu’en 2011, afin de fusionner l’ensemble des directions régionales dans une optique de réduction des coûts. C’est par la suite Axa qui a annoncé un plan de restructuration visant, d’ici fin 2015, à se séparer de plus de 1.600 postes sur le territoire allemand. Au cours de la même année, c’est la société Ergo qui a annoncé une refonte de leur effectif afin de se préparer aux nouveaux canaux de distribution amené par le digital.

Malgré cela, le secteur allemand reste hyperconcurrentiel. Actuellement, cinq acteurs sortent de la masse, Allianz, Ergo, Talanx, Generali et Axa. Les restructurations ont donc eu un effet positif sur les entreprises que nous avions évoquées précédemment puisqu’elles font toujours partie du groupe de tête. Ces premiers du classement se partagent l’équivalent de 44 %20 des collectes du marché allemand.

Un des problèmes que va rencontrer l’Allemagne dans les années qui suivent concernent le vieillissement de sa population, en effet, d’ici à 2020, 30 % de la population sera âgée de 60 ans. Les assurances concernées comme la retraite, la dépendance ou encore l’assurance maladie vont être directement impactées par ce phénomène. D’autant plus que selon les prévisions du FMI, l’Allemagne aura accumulé un déficit de plus de 2.000 milliards d’euros dans ses caisses de retraite si aucune mesure n’est actée avant cette date.

Une tendance qui avait été mise en évidence dans les années 2007 se confirme de plus en plus, les agents généraux d’assurances sont en perte de vitesse et même de nos jours, en perte de terrain.

En Allemagne, les grandes compagnies d’assurances ont préféré favoriser les relations avec leurs agents exclusifs. Ne souhaitant pas développer de concurrence à leurs intermédiaires en interne, ces grands groupes ont su pérenniser leur lien fort avec les agents et donc à leur faire prendre une place majeure dans le marché de l’assurance. En effet, les agents généraux d’assurance représentent en Allemagne pas moins de 75 % des parts du secteur du particulier. A l’inverse en France, ils ne représentent que 34 % des parts du marché en dommages et seulement 7 % en assurance de personnes. La faute à un marché plus concurrentiel avec les grands groupes qui développent en interne des filiales d’assurance qui concurrencent leurs agents, comme Axa avec Direct Assurance ou encore les mutuelles.

Comme le confirme le diagramme ci-dessous, les agents généraux prennent encore une place non contestable dans le marché de l’assurance allemand, mais à l’heure du digital, la société Allianz a commencé des transformations majeures dans la façon de distribuer ses produits d’assurance.

Répartition des intermédiaires d’assurance par activités

Répartition des intermédiaires d’assurance par activités

La digitalisation, étape réussie ?

Sur le continent européen, l’Allemagne est le second pays qui utilise les plus le digital au sein de son commerce, derrière le Royaume Uni21.

Part du e-commerce dans le commerce allemand22

Part du e-commerce dans le commerce allemand

Depuis 2014, les ventes en ligne ne cessent d’augmenter et atteignant 72.4 milliards d’euros en 2016.

En Allemagne, plus de 75 % de la population est dite « connectée », c’est-à-dire, qu’elle passe régulièrement du temps sur internet, au travers des smartphones ou ordinateurs.

Comme nous l’avons vu plus tôt, un assureur allemand a fait le pari de mettre en place une stratégie entièrement numérique au sein de son groupe, Allianz. La société a présenté en fin 2013 un plan de financement de transition numérique pour atteindre dans les années qui suivent le 100 % digital.

L’évolution de l’informatique a mis en évidence le système vieillissant de la distribution d’assurance actuelle, notamment accentuée par les chiffres de leurs agents généraux. En 2009, plus de 90 % des contrats réalisés par Allianz étaient signés auprès d’un agent général, mais depuis 2013, ce chiffre a fortement chuté pour atteindre seulement 50 %.

Avec la profusion des comparateurs en ligne et de manière générale de l’hyper concurrence que représente Internet, la société allemande a pris un risque pour s’assurer une position de choix sur le futur marché de la distribution d’assurance. Cette initiative a aussi été motivée par la présence de plus en plus visible des géants du web, GAFA, qui commencent petit à petit à s’intéresser à des secteurs qui ne leurs sont pas familiers, comptant sur leur image et leur notoriété pour s’implanter sans difficulté.

Allianz rassure en revanche ses agents, cette refonte organisationnelle se fera conjointement avec eux. En effet, la société possède le plus grand réseau d’agents de l’Allemagne avec pas moins de 13.000 intermédiaires qui étaient pour la plupart réticents au numérique car ils voyaient ces évolutions comme une menace. Ils sont dorénavant de plus en plus présents sur Internet, les agents ayant perçu le potentiel de ce média en termes de prospection et même de suivi de relation client.

Un marché en plein développement avec l’essor du numérique est celui de la santé, et plus précisément de la e-santé. En Europe le secteur de la santé en ligne poursuit une évolution faible mais néanmoins constante d’environ 5 % par an. En Allemagne, ce chiffre est plus important puisqu’il passe à 10 % d’évolution par an pour un chiffre d’affaires en fin 2014 de plus ou moins 6.5 milliards d’euros.

Dans le même domaine, on observe aussi l’évolution de la procédure de télémédecine qui elle présente une évolution plus nette chez les allemands avec une croissance de 20 % par an.

Les sociétés d’assurances s’associent donc avec des entreprises permettant la téléconsultation afin de proposer à leurs assurés des services de consultation de médecins depuis leur domicile. Ce genre de service supplémentaire amené par les assureurs peut être décisif vis-à-vis des clients qui vivent dans ce que l’on appelle aujourd’hui les « déserts médicaux ».

Depuis 2015, on observe aussi l’effervescence de nouveaux acteurs dans le marché de l’assurance, les Insurtechs.

Les Insurtechs découlent directement du phénomène des Fintechs. Ces dernières sont des startups qui allient les avancées technologiques les plus poussées et le monde de la finance pour en décupler le potentiel. Les Insurtechs font partie de ce modèle appliqué au monde de l’assurance. Leur but est de proposer des nouveaux produits, des nouvelles méthodes d’assurance ou d’améliorer les contrats déjà existants, toujours en utilisant les avancées numériques et digitales.

L’une des Insurtechs allemandes les plus prometteuses est Getsafe. Cette entreprise est une startup qui travaille en collaboration avec plus de 130 assureurs sur le marché et qui a mis au point une application permettant à ses utilisateurs de gérer leurs contrats depuis leurs smartphones. Getsafe représente le premier courtier en assurance allemand sur le marché du tout digital et surtout du tout mobile. L’application permet notamment à ses utilisateurs la mise en relation avec des experts indépendants du milieu afin de respecter le devoir de conseil. Le fait d’être un courtier 100 % dématérialisé permet à l’entreprise de proposer des tarifs agressifs tout en étant à la pointe des services que peuvent attendre les assurés, comme un service de conseiller joignable 24 heures sur 24 ou encore la possibilité de modifier les termes de son assurance en un rien de temps depuis l’application mobile. L’un des points centraux sur lequel joue habilement Getsafe est le fait que les assurés ne veulent pas se perdre lorsqu’ils doivent joindre leur assureur en étant obligé de passer par plusieurs canaux de communications comme le mail, pour ensuite avoir un rendez-vous et enfin une confirmation par courrier encore plus tard. Ici tout se dirige depuis l’application mobile, il n’y a qu’un seul point d’entrée ce qui facilite grandement la communication et la gestion des assurances.

L’Allemagne figurant parmi les leaders du marché européen d’assurance ne s‘est donc pas fait attendre pour se lancer dans la course à la digitalisation. En revanche, celle-ci se réalise avec plus ou moins de mal suivant les organismes qui essaient de mettre le digital au centre de leur préoccupation. En effet, si des sociétés comme Allianz on prit le pari, peut-être un peu fou, de faire passer leur chiffre de vente en ligne de 10 % à 100 % aux alentours de 2020, d’autres compagnies peinent à faire entrer le numérique dans leurs nouvelles habitudes de distribution. La faute sûrement à un marché qui s’est concentré sur un seul intermédiaire de vente, les agents généraux, qui de plus étaient réticents à l’utilisation du numérique dans leur métier.

Mais force est de constater que n’ayant plus le choix, ces derniers ont finalement commencé tant bien que mal à intégrer le digital dans leur quotidien d’assureur. En revanche les nouveaux acteurs, dont nous reparlerons par la suite, que sont les Insurtechs ont connu une croissance sans précédent à partir de l’année 2015. Ils sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à grapiller des parts de marché en proposant des services nouveaux liés aux nouvelles technologies et aux objets connectés. Ce qui n’a pas échappé aux grands groupes d’assureurs, qui pour compenser leur retard dans le domaine annoncent des partenariats avec ces Insurtechs ; c’est le cas de l’assureur Talanx, troisième groupe d’assurance allemand, qui s’est rapproché des startups Plug and Play et Startupbootcamp afin d’entamer le mieux possible le virage décisif de la digitalisation.

L’Italie

L’Italie se place en troisième position des puissances économiques en Europe avec pour l’année 2016, un PIB atteignant 1672 milliards d’euros, pour autant le chômage reste élevé et semble repartir à la hausse depuis le début de l’année 2018, il était en mars de 11.1 %. L’Italie avec plus de 60 millions d’habitants affiche en revanche la seconde plus grande dette publique au sein de la zone euro avec, pour l’année 2016, plus de 155 % du PIB23, juste derrière la Grèce et ses 187 % du PIB.

Etat des lieux du marché de l’assurance

Le marché de l’assurance italien représente 134 milliards d’euros de chiffres d’affaires pour l’année 2016. Néanmoins, le marché assurantiel de l’Italie a une particularité qui lui est propre, les italiens sont majoritairement sous-assurés, que ce soit en dommage ou en prévoyance. Il en est de même avec les produits d’épargne et de retraite qui ne comptent que pour 14 % du total. Cela s’explique d’une part par la fiscalité italienne qui n’est pas favorable à la souscription de produits d’assurance retraite, prévoyance ou tout simplement d’épargne. La seconde explication vient du fait que ce marché est nettement dominé par les bancassurances, avec 62 % des parts du marché.

Répartition du marché entre les intermédiaires24

Répartition du marché entre les intermédiaires

En revanche sur le marché de la non-vie, ce sont ici les agents qui sont largement majoritaires avec 80 % des parts du marché.

Répartition du marché non vie (dommages) entre les intermédiaires25

Répartition du marché non vie (dommages) entre les intermédiaires

Bien que les proportions soient bien moins importantes, il est ici question d’un marché 32 milliards d’euros et non à 102 milliards d’euros comme en vie, ce sont les assurances qui sont ici dominantes. Dans la branche dommage, les 5 premiers groupes d’assurances regroupent à eux seuls quasiment 70 % de la collecte totale, comme le montre le diagramme ci-dessous.

Répartition des parts du marché dommage entre les 5 têtes d’affiches

Répartition des parts du marché dommage entre les 5 têtes d’affiches

Il est aussi intéressant de noter que l’assurance auto est de loin la plus répandue puisqu’elle représente à elle seule plus de la moitié de la collecte en non-vie. Cette dernière est d’ailleurs parmi les plus chères d’Europe puisqu’elle a enregistré entre 2002 et 2009 une augmentation de quasiment 18 % de ses primes d’assurance, ce qui est bien au-delà de la moyenne européenne qui était de 7 %. Cette différence de prix s’explique notamment par le fait que le nombre d’accidents corporels sur les routes italiennes a augmenté significativement en l’espace de quelques années.

Autre point sur lequel se démarque l’Italie, à l’inverse de la France ou l’on estime que plus de 95 % des propriétaires ont souscrit une assurance habitation pour protéger son bien, seul 25 % des propriétaires italiens auraient souscrit ce genre de contrat, ce qui confirme la tendance à la sous-assurance.

Au même titre que l’Allemagne, la population italienne est vieillissante, les plus de 65 ans représentaient en 2016 plus de 22 % des habitants. En conséquence, les dépenses médicales ont augmenté dans le même sens, ce qui a eu pour effet de relancer les produits de complémentaires santé en faisant passer les collectes en 2015 de 2.143 millions d’euros à 2.349 millions d’euros. Contrairement à l’Allemagne cette fois, l’Italie n’a pas encore passé le pas du secteur de la e-santé, ce qui présente un très fort potentiel à la vue des résultats actuels dans le domaine de la santé.

Une transition digitale en demi-teinte

Bien que l’Italie soit la troisième puissance européenne, cette dernière accuse un retard considérable dès lors que l’on évoque la transition numérique.

Les entreprises italiennes sont évidemment impactées par ce retard, en 2015 ; seulement 8.2 % des PME utilisées le e-commerce. En 2017, la part des ventes réalisées en ligne ne représentaient que 3.4 % du chiffre d’affaire du pays, ce qui place le pays parmi les bons derniers de la zone euro.

Part du e-commerce dans le commerce italien

Part du e-commerce dans le commerce italien

En ce qui concerne la population, selon une étude réalisée sur l’avancée du numérique en Italie26, plus de 30 % de la population n’avait encore jamais utilisé Internet en 2014. La faute repose sur le fait que plus de 50 % des foyers en 2014 n’avaient toujours pas accès à ce média, ce qui a rendu la population réticente à l’utilisation d’internet.

En revanche, le mobile a su se créer une place de choix auprès des italiens, en effet sur les 40 millions d’utilisateurs du web en Italie, plus de 17.5 millions accèdent à Internet par le biais de leur smartphone.

Pour ce qui est des entreprises, elles n’ont pour la plupart pas pris le train de la révolution numérique, et accusent un retard plutôt conséquent face à leurs homologues européennes. Elles en sont d’ailleurs conscientes, mais pour autant elles n’essaient pas, du moins actuellement, de combler ce retard. Selon une étude réalisée par le cabinet Sda Bocconi27, le blocage s’expliquerait en trois points.

Le premier évoqué est celui du coût de l’investissement et il est vrai que la transition numérique n’est pas gratuite, en revanche plus le retard s’accumule, plus il sera compliqué de se remettre à niveau et les investissements financiers n’en seront que plus onéreux.

Le second argument concerne les changements dans les habitudes de consommation et pour le coup, c’est un point qui se tient plus que le précédent. En effet, si les consommateurs ne sont pas habitués à l’usage des nouvelles technologies, comme c’est le cas de l’Italie, il y a peu d’intérêt pour les entreprises de se lancer dans le développement de nouvelles plateformes ou méthodes de distribution si personne n’est amené à les utiliser. Néanmoins, si aucun acteur ne veut s’orienter vers le digital, le problème continuera de persister, et les efforts doivent donc venir autant de la part des commerçants qui doivent se renouveler, que des consommateurs qui vont petit à petit être forcer à modifier leurs habitudes de consommation. De plus, pour les entreprises, se placer en tant que pionnier d’un secteur sur le numérique peut être un avantage stratégique.

Le dernier point avancé était celui des compétences requises pour maîtriser l’outil numérique, on rejoint ici la problématique des coûts puisque dans les sociétés, ce problème se résoudra par la formation, et pour les générations futures, par le fait que le numérique et le digital deviendront des sujets culturels avec lesquels ils grandiront.

Malgré le retard de l’Italie qui n’est plus à prouver, les assureurs italiens se retrouvent tout de même en avance sur un produit bien particulier, l’assurance auto connectée. Cette assurance représente l’un des plus grands changements qu’a subi le marché de l’assurance italien sur ces 10 dernières années. L’Italie est tout simplement le pays dans lequel circulent le plus de voitures connectées.

Ce nouveau type d’assurance représentait tout de même plus de 6.2 millions de contrats en fin 2016. Chiffre non négligeable car cela veut dire que plus de 20 % des renouvellements de contrats ou d’affaires nouvelles sont des assurances auto connectée. Au début, les données récupérées grâce aux boîtes noires de ces véhicules connectés servaient principalement pour des contrats du type « Pay as You Drive », soit des assurances aux kilomètres. Mais les assureurs ont eu la possibilité d’aller plus loin sur ce type de contrat, car comme nous l’avions dit précédemment, les contrats auto italiens sont parmi les plus cher d’Europe. De ce fait, et avec l’accord des consommateurs, les assureurs ont créé un nouveau contrat qui prend en compte la conduite des assurés, toujours grâce aux informations émises par les boîtes noires. On est passé à des contrats « Pay How You Drive », dont les primes sont ajustées en fonction de la conduite de l’assuré. Si celui-ci roule correctement, ses primes diminueront, c’est une situation gagnant-gagnant, puisqu’avec l’introduction de ce système de récompense, les assureurs ont observé une baisse de 20 % de la fréquence des sinistres sur l’ensemble des contrats d’assurance auto connectée. La gestion de ces sinistres s’en trouve d’ailleurs simplifiée puisque les données récupérées permettent des précisions sur le déroulement des incidents, que ne permettent pas forcément le constat ni même les photos. Ces véhicules connectés permettent aussi la mise en place de service inédit comme par exemple lors d’une effraction sur le véhicule, ou alors avec la mise à disposition d’un service de dépannage spécifique avec des partenaires des assureurs.

L’Italie a beau représenter la troisième puissance de l’Europe, elle est restée ancrée dans un modèle vieillissant qui sera bientôt archaïque vis-à-vis de l’avancée du numérique et des nouvelles technologies. Que ce soit du point de vue des professionnels, qui n’ont pas su prendre le train de la révolution numérique en marche et qui accusent maintenant un retard conséquent qu’ils ne cherchent pas forcément à combler, ou des particuliers qui en 2014 était encore plus d’un tiers à n’avoir jamais touché à Internet, l’Italie se retrouve bel et bien en bout de ligne sur la question du numérique et du digital.

Néanmoins des produits comme l’assurance auto connectée qui, étonnamment, place l’Italie en acteur principal de ce secteur ou encore le regain d’intérêt des italiens pour les produits de complémentaires santé, dû à la population âgée, qui pourrait ouvrir la porte au développement du « Big data » et de la e-santé, font de l’Italie un marché d’assurance prometteur. Bien qu’en retard, la population est très présente sur les mobiles ce qui pourrait ouvrir à l’avenir des portes à la m-assurance.